[La plume et l’enfant – 2/4] Le beau cadeau de la présence

Immersion dans la communauté enfantine – l’accompagnement bienveillant –

Pour cet article, je souhaite vous partager les moments qui se vivent dans la communauté enfantine et notamment l’accompagnement bienveillant. Vous trouverez quelques notions sur le développement affectif de l’enfant entre 18 mois et 3 ans. Ainsi que certaines clés sur la posture de l’adulte pour établir des relations harmonieuses. Mes écrits s’appuieront sur les réflexions du docteur en neurosciences Joël Monzée. Et également sur les habiletés en communication du livre « Parler pour que les tout-petits écoutent », de Joanna Faber et Julie King.

Temps de lecture : 10 minutes. Réalisé par Eve.

Le mode existentiel pour l’enfant âgé entre 18 et 36 mois est l’exploration du corps en mouvement. C’est ainsi que l’enfant se développe : il a besoin d’explorer, de vivre, de ressentir pour aller découvrir sa puissance intérieure. Ainsi il construit ses compétences émotionnelles, cognitives et relationnelles. Il cherche également à connaître les limites dans son environnement pour comprendre ce qui est dangereux de ce qui ne l’est pas. Cela traduit la nécessité d’un accompagnement bienveillant et d’un espace sécuritaire où l’enfant puisse se mouvoir.

La pièce de la communauté enfantine est lumineuse et épurée, la lumière du jour s’invite dans la pièce par la grande baie vitrée, les meubles en bois à hauteur d’enfant structurent l’espace. Sur ces meubles se trouvent quelques plantes, une œuvre d’art éphémère et un globe terrestre.

Les murs blancs sont neutres limitant ainsi les sources extérieures de stimulation, pour favoriser la concentration de l’enfant. Au fond de la pièce à proximité de la baie vitrée, des structures en bois sont à disposition. Les enfants peuvent s’y aventurer, escalader, cela contribuant ainsi à leur motricité globale.

Au centre de la pièce se trouvent des tables et des chaises, les enfants peuvent s’y installer pour y faire une activité qu’ils choisissent librement. Des petits plateaux avec du matériel pédagogique inspiré de l’approche Montessori sont à leur disposition.

Le dernier espace de vie commun est un espace ressourçant, invitant au calme et aux rassemblements (ellipse Montessori). Certains enfants après avoir fait un temps de travail seuls, aiment aller dans cet espace pour nourrir leur sentiment d’appartenance. C’est un espace qui est propice à la lecture, aux chansons et à la discussion.

Au fil de la journée, les enfants se regroupent souvent en groupe de 4-5 autour de l’adulte présent. Il invite un enfant à choisir un livre ou alors il commence à chanter en accompagnant sa voix de gestes. Les enfants sont attentifs, j’observe des sourires sur les visages. Certains sont aussi en train de reprendre les mouvements de l’adulte. C’est également cet espace qui est utilisé pour réunir l’ensemble des enfants avant des temps forts de la journée, comme le repas ou la sieste.

Dans ce lieu de vie, les éducateurs ont pour rôle d’accompagner les enfants dans leur motricité et leur développement, en leur assurant un espace chaleureux et sécuritaire.

Dans le paragraphe suivant, je vous décris quelques observations que j’ai réalisées au cours de mes deux journées dans la communauté enfantine. Elles me permettent de vous présenter les notions qui structurent, selon moi, l’accompagnement bienveillant de l’adulte envers l’enfant.

Accompagner et donner confiance

La qualité de l’adulte se situe dans l’attention, l’observation et la juste intervention auprès de l’enfant. J’ai pu observer à plusieurs reprises cette approche, je vous ai choisi ici un premier exemple qui l’illustre :

Un enfant monte en haut de l’échelle dans l’espace motricité, tout à coup, il se met à pleurer. Lucie se dirige vers lui, observe l’environnement dans lequel se trouve l’enfant pour comprendre ce qui a déclenché ses pleurs. Elle comprend rapidement que l’enfant a peur car il se situe maintenant en haut de l’échelle. Lucie met des mots sur ce que l’enfant vit « tu es monté tout en haut et tu as peur maintenant », l’enfant acquiesce de la tête, on le sent encore tétanisé par sa peur. Elle lui propose de descendre, elle prend la main que l’enfant lui tend et l’accompagne dans son mouvement vers le sol.

L’accompagnement bienveillant de Lucie amène l’enfant à trouver ses propres ressources tout en lui offrant un appui pour le soutenir dans son action. Il apprend ici qu’il possède la force nécessaire pour se sortir d’une situation désagréable.

Un autre point important dans cet exemple est la capacité de l’adulte à mettre des mots sur les émotions vécues par l’enfant, qui est d’ailleurs un des outils développé dans l’ouvrage de Faber et King. Ces mots permettent à l’enfant de se sentir compris dans ce qu’il vit et créent un premier apaisement. Sur le long terme, l’enfant apprend à reconnaître et gérer ses propres émotions, il développe aussi une manière d’accueillir celles des autres.

La présence physique et psychique de l’adulte contribue à un climat apaisé dans la pièce, il est comme le phare allumé pour les navires. Cette posture permet à l’adulte d’observer de nombreuses situations qui déclenchent pleurs ou cris, il a ainsi plus d’éléments pour rassurer l’enfant et lui donner confiance. Son accompagnement est fait avec plus de justesse dans ce que vit l’enfant, l’exemple suivant vient l’illustrer :

Un enfant vient s’installer à une table, il n’a pas vu que la chaise était éloignée de lui et tombe par terre. Des pleurs commencent à venir. Benjamin se trouvant proche, a vu la scène et la décrit à l’enfant : « ta chaise était trop éloignée de toi, tu peux te relever ». Les pleurs de l’enfant s’estompent, il se relève et s’installe autour de la table en approchant sa chaise.

L’accompagnement bienveillant de Benjamin apporte des informations qui vont aider l’enfant dans la régulation de son émotion. Ce lien créé entre l’enfant et l’adulte permet de nourrir ses deux besoins : d’attachement par l’attention que l’adulte a sur l’enfant et de séparation, l’adulte laisse l’enfant se relever tout seul.

Apprendre à tisser des relations harmonieuses avec les autres

La notion abordée précédemment nourri celle-ci, en effet si l’enfant se sent accueilli dans ce qu’il vit, il pourra apprendre à accueillir ce que l’autre vit. Dans un autre registre, l’exemple suivant contribue à cette relation bienveillante :

Une enfant vient de changer sa couche et est toute fière de le dire à Lucie, « j’ai changé ma couche », Lucie lui répond « tu as changé ta couche et tu te sens bien ! », la petite lui adresse un grand sourire.

Toutes les interactions entre les enfants au cours d’une journée sont source d’apprentissage dans cette connexion à l’autre :

Un enfant dans sa lancée bouscule un autre enfant. Benjamin lui dit : « Eh Marc, quand tu es passé tu as fait tombé Jeanne, fais attention ». De façon spontanée, Marc revient vers Jeanne et lui fait un bisou pour s’excuser.

L’intervention de l’adulte dans cette situation contribue à offrir à chacun un lieu de vie apaisé et d’apprendre à être dans l’attention à l’autre. L’accompagnement bienveillant de Benjamin permet également de faire prendre conscience à l’enfant que ses mouvements peuvent avoir des répercussions sur son environnement.

Apporter des limites pour offrir un cadre sécurisant

Comme évoqué plus haut, l’enfant a cet âge n’a pas la notion de danger, il a besoin d’être guidé pour lui assurer un environnement sécurisant. La notion de danger pour garantir la sécurité de l’enfant est propre à chaque éducateur, ce sujet partagé en équipe contribuera à une meilleure compréhension des interventions.

Après s’être entendu sur les limites au sein de l’espace de vie, il est intéressant de se questionner sur la façon d’intervenir auprès de l’enfant. Je m’appuie sur les deux exemples suivants pour aborder l’accompagnement bienveillant de l’adulte. Le premier exemple se déroule dans l’espace de motricité :

Deux enfants se trouvent en haut d’une échelle qui forme un triangle avec le sol, assis face à face, ils commencent à se balancer, faisant bouger l’échelle. Lucie n’est pas loin d’eux et leur dit : « quand vous vous balancez ça bouge l’échelle », « vous pouvez être en haut mais sans vous balancer ». ils comprennent la demande et arrêtent leur balancement.

Dans cette situation, Lucie souhaite protéger les enfants sur le jeu et ceux se situant à côté. La demande de Lucie est faite avec douceur et sens, elle décrit aux enfants ce qu’elle voit, elle leur demande d’arrêter cette action et vient préciser ce que les enfants peuvent faire sur l’échelle.

Le deuxième exemple va me permettre de vous partager la régulation des moments de crises de l’enfant en lien avec le cadre sécurisant. A cet âge l’enfant explore ses deux pulsions de vie : le lien et la séparation ainsi les crises font parties de son stade de développement, contribuant à la construction de son équilibre émotionnel.

Quand l’enfant vit beaucoup de situations stressantes ou d’excitations, il est fréquent qu’à un moment de la journée il se mette à crier, taper ou mordre. Les parties du cerveau qui régulent ces comportements ne sont pas encore constituées chez l’enfant, il n’a donc pas les ressources cognitives nécessaires pour identifier ses sources de stress et pour savoir par la suite les gérer. L’accompagnement bienveillant de l’adulte permet à l’enfant de mieux accueillir ce qu’il vit.

Dans l’espace de la communauté enfantine, durant mes deux journées, j’ai observé peu de moments où les enfants se retrouvaient dans ces états de crises. Selon moi cela se traduit par l’attention et la douceur apportées par les éducateurs auprès des enfants dans notamment l’accueil de leurs émotions et la justesse de leurs interventions. Dans mes observations, il y a un exemple que je trouvais intéressant de vous partager :

Un enfant tape un autre enfant. Lucie intervient auprès de l’enfant : « Maxence, tu es en train de blesser ton ami, je ne peux pas te laisser faire cela ». « Regarde, viens avec moi, nous allons faire une autre activité ». « Tu veux me montrer comment tu montes à l’échelle ? ». Au début l’enfant se dandine au sol. Lucie le laisse s’exprimer puis l’entoure et le prend dans ses bras, l’enfant retrouve son calme et se lance dans une nouvelle activité.

Ce que je trouve intéressant dans l’intervention de l’éducatrice, ce sont les différents messages qu’elle transmet à l’enfant : tout d’abord elle lui exprime les interdits, pour qu’il puisse comprendre son attitude vis à vis de son comportement. Par la suite, elle reste auprès de lui et l’invite vers une autre activité pour assurer la transition entre le moment vécu et celui à venir.

Cet accompagnement bienveillant permet à l’enfant de se sentir accueilli dans son émotion. C’est d’ailleurs ce qu’il exprime au sol, les mouvements de son corps traduisent son agitation intérieure. En le prenant dans ses bras, Lucie l’aide à s’apaiser, rapidement il accepte ce rapprochement, elle vient nourrir son besoin d’attachement après avoir vécu une situation de séparation.

Développer l’autonomie et la coopération

La dernière notion que je souhaite aborder est un sujet au cœur de nombreux moments de vie dans la communauté enfantine. L’autonomie est souvent mise de côté avec un enfant de cet âge, or cela fait partie de son besoin de séparation, il apprend à faire par lui-même et renforce sa puissance intérieure.

Un enfant vient de faire tomber un verre par terre, et tombe aussi à côté. A ce moment, l’adulte se situe à deux mètres de l’enfant. Avant de s’approcher de lui, l’adulte demande à l’enfant s’il va bien. Tout en se relevant, l’enfant confirme qu’il va bien. Elle invite ensuite l’enfant à réparer le dégât. Ici les enfants apprennent à être responsables de leurs actes et d’ailleurs l’enfant est demandeur de cette action. L’enfant connaît les lieux, il va récupérer l’éponge auprès de l’autre adulte. Il s’active ensuite pour absorber l’eau au sol. L’adulte l’accompagne en lui montrant le geste à faire.

L’accompagnement bienveillant de l’adulte est toujours présente, le bien-être de l’enfant passe avant tout. Ce qui se passe ensuite est intéressant, l’adulte invite l’enfant à réparer, nourrissant ainsi la responsabilité des actes posés par l’enfant. Lorsque j’observe cette intervention, elle est faite de façon mesurée dans le sens où elle est appropriée aux capacités de l’enfant et à son état émotionnel.

C’est l’heure de manger, les enfants sont invités à s’installer à table, la table est mise par les adultes mais si un enfant souhaite participer, sa contribution est la bienvenue, l’adulte accompagne l’enfant dans cette action.

Un enfant commence à prendre un verre pour le mettre sur sa table, l’adulte accompagne l’enfant pour qu’il puisse mettre les verres aux enfants de sa table. Lucie lui dit « pose le verre sur la table, ensuite tu peux aller en chercher un autre », « regarde, il manque un verre à Rose, peux-tu aller lui en prendre un, merci ».

Accepter que les enfants participent implique forcément que le dressage de la table mette plus de temps à se faire. Mais finalement tout cela ne fait-il pas parti de sa phase d’apprentissage ? Ces actions amènent l’enfant à structurer ses actions et donc son cerveau : poser un verre avant d’aller en chercher un deuxième, il apprend ainsi à coordonner ses mouvements et découvre également ses propres limites physiques.

… à venir bientôt, le témoignage de Lucie, éducatrice à La plume et l’enfant.

Je vous invite à partager ce que vous évoque l’accompagnement bienveillant ☺

 


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Pour en savoir plus sur la garderie prématernelle La plume et l’enfant : https://www.laplumeetlenfant.com/

 

 

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2 Réponses

  1. Denis dit :

    Très beaux témoignages sur l’éducation des enfants et sur la collaboration . Des idées pour bâtir un monde plus humain qui vont faire leur chemin.
    Merci à vous deux de partager avec nous vos belles, vivantes et instructives rencontres. Denis K.

  2. Fatou dit :

    Merci pour ce partage. Ce qui est fort dans cet article c’est de voir que la posture de l’adulte est primordiale.

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