[La plume et l’enfant – Bonus] tout en douceur au nido

Tout en douceur au nido

Miria pleure, elle se trouve dans les bras de Marion, qui lui dit : « je serais mieux avec toi dans le porte bébé, et toi est ce que c’est ça que tu veux ? » Miria regarde Marion sans dire un mot. L’éducatrice attrape le porte bébé et l’attache autour de sa taille, elle invite Miria à venir. Miria lui tend les bras, elle l’installe dans son dos. Une fois Miria bien installée dans le porte bébé, l’éducatrice retourne au près du petit groupe d’enfants. Quelques minutes suffisent à Miria pour s’endormir.

Le Nido est un petit cocon où se côtoie une dizaine de bébés âgés entre 12 et 18 mois.

Réalisé par Eve.

Ici, les bébés sont entourés par 3 éducatrices : Marion, Linda et Emanuelle qui se repartissent la semaine pour être toujours 2 éducatrices présentes sur la journée. Dans ce lieu, les bébés explorent leur motricité, interagissent entre eux, apprennent à signer, écoutent des histoires ou des chansons… dorment au moment où ils en ont le besoin. Les éducatrices sont attentives aux signes que les bébés peuvent donner pour exprimer un besoin comme celui de dormir ou de manger.

D’ailleurs, il est 11h30, 6 bébés se trouvent dans le coin repas et commencent à se réunir autour des 3 petites tables. Les éducatrices les invitent à aller s’asseoir sur une chaise à leur hauteur. Leur autonomie est privilégiée et au besoin les adultes sont présentes pour les accompagner.

Ils ne sont pas au complet pour ce repas, deux bébés ont exprimé leur besoin de dormir un peu avant dans la matinée et dorment dans l’espace sieste. Les éducatrices n’ont pas essayé de retarder leur besoin de dormir pour les bébés puissent manger avec les autres. Elles ont écouté les signes de fatigue exprimés par les bébés.

Je découvre ici, le respect du rythme de chaque bébé créant ainsi une ambiance apaisante pour les bébés et les adultes. Au cours de mes deux journées au sein du nido, j’ai pu découvrir l’ambiance de ce lieu que je décrirais comme apaisante. Dans cet article, je vous partage les moments qui ont attiré mon attention en lien toujours avec cette qualité de présence de l’adulte au jeune enfant.

Communiquer ses intentions avant d’agir.

Même si les bébés de cet âge n’ont pas encore les mots pour s’exprimer, ils sont en capacité de comprendre l’intention de l’adulte au travers des mots qu’il prononce. Les bébés perçoivent et conscientisent ce qui se passe dans leur environnement. C’est notamment ce que j’ai découvert au travers de mes observations. J’ai également vu qu’il est important de leur laisser le temps afin qu’il puisse se saisir du message. Je les imagine en plein travail de connexions neuronales.

Pendant que Linda finit le repas avec les bébés, Marion s’installe au milieu de la pièce et commence à chanter des comptines aux bébés qui s’y trouvent. Jules s’installe sur les genoux de Marion. Gabrielle arrive et montre du doigt un objet à Marion. Marion a besoin de se lever pour répondre à la demande de Gabrielle, elle demande à Jules s’il peut se lever pour qu’elle puisse aider Gabrielle. Avant de bouger, Marion attends que Jules se saisir de son message afin qu’il se lève de lui même. C’est difficile pour lui car il aimerait bien continuer d’être sur les genoux de Marion, il luit dit « chanson poulette ». Marion lui répond « d’accord mais avant j’aimerai aider Gabrielle ». Jules se décale, laisse Marion aider Gabrielle qui revient ensuite auprès de lui pour lui chanter la fameuse chanson. En mettant des mots, elle exprime aux jeunes enfants qu’elle comprend leurs différents besoins. Avant de se mettre en action, elle transmet son message et attend qu’il soit prêt. Elle respecte aussi ses engagements auprès du jeune enfant.

Cet après-midi, c’est Marion qui s’occupe du change. Elle invite les “amis” à venir au fur à mesure : « Miria s’est ton tour pour te changer, je nettoie le plan de change, je te laisse venir ». Marion range puis avec un ton calme s’adresse à nouveau à Miria : « si tu reste là-bas, je viens te chercher » « je sors ta tétine et ton doudou ». Miria observe la rue au travers de la grande baie vitrée. Elle s’est hissée sur une chaise à sa hauteur. Elle s’exclame : « regarde ! ». Marion se trouve de l’autre côté de la pièce mais elle est tout de même attentive : « ah oui tu viens de voir un écureuil ! ». Puis elle ajoute : « Miria je suis prête, je viens te chercher ». Lorsque Marion se rapproche de Miria, elle prend le temps de s’intéresser à ce qu’elle regarde à travers la fenêtre, elle aperçoive toutes les deux un chat. Marion se retourne vers Miria : « je vais maintenant te changer avant le dodo, tu es d’accord ? » Miria confirme avec un hochement de tête. Elle descend de sa chaise et se dirige vers l’escalier de la table à linger. À la fin du change, Miria descend l’escalier toute seule.

 

Accueillir la situation et accompagner par la parole ou le contact

La capacité de régulation des émotions chez le jeune enfant est faible. En effet le moyen de se faire comprendre s’effectue par les pleures ou cris ou par des expressions corporelles. Il n’a pas encore la capacité de mettre des mots sur ce qu’il ressent. Néanmoins les mots de l’adulte aident l’enfant à se sentir compris. Mes observations me montrent que l’enfant ne pleure pas longtemps dans ces cas car il voit que l’adulte se met à sa place pour comprendre ce qui ne convient pas ou ce dont il a besoin.

C’est le moment de la collation, la majorité des bébés se trouvent dans l’espace repas. Line, qui est toujours dans l’exploration du quatre pattes, se trouve sur le petit escalier à trois marches. Elle s’apprête à rejoindre ses amis, elle descends les 3 marches par l’avant. A la deuxième marche, elle est prise de déséquilibre. Elle n’arrive pas à se rattraper et bascule sur le côté pour finir par terre. Elle pleure. Marion vient auprès d’elle et la prend dans ses bras, elle regarde si elle s’est fait mal. Pas de bleue, ni de bosse. Marion la berce, Line s’apaise après la peur qu’a généré sa chute. Après quelques minutes, Line commence à vouloir bouger, Marion l’installe avec les autres bébés pour la collation. Mais Line ne semble pas encore tout à fait prêt à rejoindre le groupe. A ce même moment, Jules bascule en avant et fait tomber Marie. Line s’arrête de pleurer et observe ses deux amis. Marion vient maintenant auprès de Marie qui pleure. Quelques secondes lui suffisent pour se sentir mieux et chacun s’installe à sa table pour déguster ses morceaux de pommes et de bananes

Quelques bébés sont allés dehors pour faire des jeux dans la neige. En rentrant, il est l’heure du repas et les jeunes enfants s’installent à table. Paul pleure à chaudes larmes, il a faim et le fait comprendre par ses pleures et cris. Linda comprends son besoin et lui exprime : « je sais Paul, tu as faim mais le plat est très chaud », « je ne veux pas que tu te brûle, je vais te demander d’attendre ». Paul continue de pleurer. Linda est calme et toujours présente au besoin de Paul : « je t’entends Paul, j’arrive, ça va être bon ».

Après manger, les jeunes enfants ont un moment de jeu avant la sieste proposée l’après-midi. Miria est en train de monter à l’échelle, dans ses mains elle tient une balayette et une pelle, là voilà prise de déséquilibre. Elle glisse de l’échelle et tombe sur ses fesses. Miria pleure, elle a eu peur. Marion se rapproche de Miria, elle la prend sur ses genoux : « ça va Miria ? », « Tu as glissé et tu t’es fait mal ? ». « Pour que tu puisse monter sur l’échelle, on va poser la pelle et le balais ». Apaisée, Miria pose les objets et se lance à nouveau sur l’échelle pour rejoindre son ami Jules.

 

Faciliter les interactions

Ici les bébés interagissent avec de nouvelles personnes que leur cocon familiale. Dans une garderie, le jeune enfant apprend à vivre avec cette nouvelle communauté. C’est nouveau et cela demande beaucoup d’adaptation, l’enfant doit apprendre à communiquer ses besoins aux adultes ainsi qu’aux autres enfants. J’ai observé plusieurs outils qui permettent de faciliter ces interactions. Les éducatrices apprennent notamment aux enfants à utiliser la langue des signes. Elles observent aussi les interactions entre jeunes enfants et décrivent par des mots la situation. Mes observations me permettent de découvrir que les jeunes enfants se sentent mieux compris dans leur besoin créant une ambiance apaisée. Une des deux éducatrices se trouvent toujours au niveau des enfants, elle leur propose des jeux, des histoires, des chansons, parfois il n’y a pas d’activité particulière. Les enfants viennent facilement auprès de l’éducatrice qui se trouve à leur niveau.

Pendant le repas, j’observe Linda, elle utilise la langue des signes pour communiquer avec les bébés. Elle demande à Laure si elle a fini de manger en faisant le signe avec ses mains. Laure la regarde et fait le signe pour confirmer qu’elle a fini de manger. Au cours de mes deux jours d’observation, je découvre que certains bébés ont plus de facilité à s’exprimer au travers du langage des signes. La communication est ainsi facilité avec l’adulte. A cet âge, les bébés ne sont pas encore tous en capacité d’exprimer des mots. Signer leur offre ainsi la possibilité de s’exprimer et de se faire entendre par l’adulte.

Linda s’installe au centre de la pièce et quelques bébés se réunissent autour d’elle. Elle tient une boite qui présente des trous au niveau du couvercle pour venir y glisser des petites tiges en plastique. Jules commence à jouer avec Linda, et Marie se rapproche intriguée. Linda dit à Jules : «  Regarde, elle veut le faire Marie ». « On partage Jules ? ». Linda distribue à chacun des battons et à tour de rôle, ils mettent les tiges dans la boite. J’observe les jeunes enfants patienter leur tour. La dernière tige vient d’être mise, Jules dit : « encore ! ». Linda ouvre la boite pour récupérer les tiges, Jules et Marie se relancent dans l’activité avec enthousiasme.

Linda sort maintenant le jeu des bulles, elle a un grand flocon qu’elle garde au prêt d’elle et invite les jeunes enfants à souffler pour faire de jolies bulles. Trois bébés se trouvent maintenant autour d’elle : « tu vas faire des bulles Jules puis ensuite se sera à Miria ». Jules fait de belles bulles à plusieurs reprises, au moment où Linda lui demande de récupérer la tige pour la prêter aux amis, c’est plus difficile. « Jules tu veux me prêter la tige pour les amis ? » Jules dit : « non », Linda attend qu’il se décide. Mais Jules commence à mettre la tige à bulles dans sa bouche. Linda retire la tige de sa bouche et lui dit calmement : « je suis désolé Jules mais tu ne peux pas la mettre dans la bouche, il y a du savon dessus ». Cette fois-ci Linda plonge la tige et la tient, elle invite Jules à souffler. Elle lui exprime à nouveau que Miria aimerait faire des bulles. Elle tend donc au tour suivant la tige vers Miria qui souffle. C’est maintenant au tour de Jules. Après avoir soufflé Jules dit : « à Miria ».

Pendant ce temps Marion s’occupe du changement des couches, elle invite les jeunes enfants à venir vers elle pour faire les changements. Elle les appelle les uns après les autres. C’est au tour de Camille. J’aperçois Line qui s’appuie sur une chaise à sa hauteur. Marie est proche de cette même chaise et s’accroche aussi dessus. Line commence à pousser des petits cris, son visage se crispe. Linda intervient : « Line, tu n’es pas contente ? ». « Hé regarde Marie, Line elle ne veut pas que tu pousse la chaise qu’elle a prise, il y a une autre chaise à côté de toi, tu peux le faire aussi ». Marie se déplace vers l’autre chaise. Line se sent comprise et s’apaise.

Dans cet espace, je découvre que les enfants sont attentifs les uns aux autres. A plusieurs reprises je vois les enfants se faire des câlins.

Les adultes aussi se sentent bien dans ce lieu, Marion me confie qu’auparavant elle a travaillé dans d’autres garderies qui lui ont fait douter de ces capacités à exercer le métier d’éducatrice. Le travail avec les enfants faisait du sens mais elle ne parvenais pas à être la professionnelle qu’elle voulait être et ne se sentais pas vraiment connectée avec le reste de l’équipe. Son expérience à la plume et l’enfant, lui a fait prendre confiance dans son rôle grâce à cette ambiance calme, apaisante, tant sur le plan visuel qu’auditif et bienveillante pour les jeunes enfants comme pour les adultes.

Linda aussi se sent bien dans ce lieu, elle a toujours aimé être au contact des bébés. Pour elle c’est important d’accueillir les émotions d’une personne et un bébé est une personne comme une autre. Elle aime avoir cette attention et répondre au besoin exprimé. Et me dit que c’est quelque chose qui l’a toujours habité, « c’est naturel ». Elle me confie aussi que son papa était vraiment aux petits soins avec ses 7 frères et sœurs. Une attention qu’elle a gardé pour ses enfants et pour tous les enfants qu’elle a connus et qu’elle connaîtra.

 

 

 

 

 

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