Le pouvoir de l’inclusion

Par le magnifique exemple de Bertrand et Philippe, j’ai eu la chance de ressentir toute la puissance de l’inclusion dans une relation qui n’en devient que plus authentique, plus vivante. Ils sont tous les deux employés de Desjardins, un des grand groupe financier coopératif au Canada. Et ils se sont engagés dans une aventure humaine enrichissante, parfois déroutante, avec pour résultat final, une réelle complicité et compréhension de l’autre et des défis personnels que chacun a à relever. Et c’est ce qu’ils nous partagent aujourd’hui, dans un binôme complice et authentique.

Temps de lecture : 7 minutes. Réalisé par Alex. 

Ce mot « défi » n’est pas anodin dans le quotidien de Philippe. Conseiller en communication et passionné par les technologies de l’information, il est diagnostiqué Asperger – TSA (Trouble du Spectre de l’Autisme) et TDAH. Il doit donc constamment faire face aux différents stimuli menaçant son bien-être quotidien. Face à ce constat, il a refusé la médication et s’est entouré d’une coach pour mieux se connaître et pour trouver par lui-même, ses sources d’énergie. On pourrait penser que son seul défi est de vivre ce TSA au quotidien, ce qui n’est pas faux en soi, mais son plus grand défi est bien la socialisation. Notamment dans un cadre professionnel.

C’est là où Bertrand intervient. Pour lui, français débarqué au Québec il y a quinze ans et aujourd’hui directeur des médias internes, c’est le « fun de travailler avec Phil’ ». Mais hors de question de nous faire croire que c’est un monde rose, qu’il n’y a jamais d’effondrement pour Philippe ni de difficulté dans cette relation et au sein de son équipe. Ils veulent partager la vraie réalité du terrain et leur défi commun : « la communication ».

Ouvrir la communication avec respect et confiance

Outil indispensable pour développer une relation de qualité, la communication est également à la base de l’intelligence collective et de la réussite des projets que nous menons. Pour être dans de bonnes dispositions pour communiquer librement, Philippe et Bertrand parlent d’un grand respect et de confiance dans leurs échanges. La recette de l’inclusion est toute simple : accueillir l’autre dans ce qu’il est, ne pas faire semblant et garder la porte ouverte au dialogue en tout temps.

Phil se confie et nous transmet la clé la plus importante pour lui, la relation avec son « gestionnaire » : « J’ai besoin de valider mes perceptions, d’aller voir si j’ai capté la bonne intention. Et je peux toujours entrer dans son bureau et lui parler de comment je me sens personnellement ou pour échanger sur un projet ». Ça n’a pas toujours été le cas pour Philippe qui s’est même vu proposé des cours de savoir-vivre par son passé, car on l’embauchait pour sa compétence avant le reste.

Il n’y a pas de surprise sur cette première étape à franchir dans le défi de la communication. C’est bien dans un climat de confiance et de respect que l’on arrive à s’exprimer avec transparence et sincérité, sans avoir à porter de masque. Sans cette clé essentielle, toute la suite de l’article et du chemin parcouru par Philippe et Bertrand n’aurait pas de sens.

Etendre sa vision du monde

Les portes d’une communication en confiance sont désormais grandes ouvertes, et pour autant, ce n’est que le début du chemin vers l’inclusion. Car Philippe et Bertrand doivent faire face à leurs différences et à leurs croyances, pour mieux se comprendre et réussir à avancer vers une base commune. On a tous notre vision du monde, nos propres acquis et réactions à différents événements. De nombreux éléments qui nous sont propres, viennent nourrir cette vision : nos valeurs, nos ambitions, nos motivations, nos croyances, notre culture, notre éducation …

Pour Bertrand, dans l’inconscient collectif, lorsque l’on perçoit quelqu’un qui ne fonctionne pas de la même façon que nous, « il est malade ». Et cela entraîne nécessairement un regard et un comportement différent porté à son égard. C’est à ce niveau que se trouve la plus grande difficulté d’une communication : soit elle passe par mon prisme et ma carte du monde et tout ce que l’autre dit et fait sera alors traduit par ma vision et en restera à celle-ci ; soit elle passe par une immersion dans la carte du monde de l’autre et une ouverture se crée.

Philippe nous offre un exemple de son quotidien, où parfois, il ne se rend pas aux soirées 5 à 7 de son équipe car les stimuli y sont trop important. Il connaît parfaitement les conséquences que sa présence aurait sur sa santé. Et c’est souvent que les réactions de ses collègues ressemblent à « Phil il n’a pas voulu venir, il fait un peu sa princesse, il n’a pas voulu être un joueur d’équipe, il n’a pas voulu .. il n’a pas voulu … et il n’a pas voulu ! ». Touché et convaincu du bienfait d’étendre sa compréhension de l’autre, Bertrand rétorque : « Au fond, c’est correct que Phil ne viennent pas … si l’on vous disait de mettre consciemment votre main dans de l’eau bouillante, vous ne le feriez pas. Et bien pour Phil c’est pareil ! ».

Se détacher de nos préjugés, de nos idées pré-conçues est absolument nécessaire pour aller à la rencontre de l’autre, de son monde et de sa vision. Et attention aux raccourcis, cela ne veut pas dire tout accepter de lui, cela veut simplement dire que la communication prend une toute autre dimension dans la relation. Qu’elle ne sera plus sous le prisme de deux mondes distincts, mais définie par une vision plus complète du monde qui nous entoure.

Vers une inclusion transformante

Inclusion : « Action d’inclure quelque chose dans un tout, un ensemble » (source : Larousse.fr).

Bertrand illustre parfaitement cette définition : « On parle souvent d’innovation, de transformation, d’aller plus loin. Et que pour y arriver, il faut penser out-of-the-box, sortir de la boîte. Si vous mettez ensemble des gens qui vivent dans différentes boîtes, il sera facile de repousser les limites et d’atteindre votre objectif. Dans le cas contraire, si vous n’êtes entourés que de personnes avec le même mindset, ou état d’esprit, vous ne ferez que des petits pas et votre résultat sera limité.». Cela rejoint le fameux adage « Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin », qui ne peut être vrai qu’à partir du moment où chacun se déploie dans toutes ses qualités, au service d’un but commun dépassant chaque individu.

Philippe, pour sa part, « ne se considère pas comme un bon gestionnaire, mais plutôt comme un expert sur son domaine car il excelle avec les détails ». C’est pourquoi nous entendons beaucoup parler d’intelligence collective aujourd’hui. Car la difficulté majeure est bien de synchroniser les forces et particularités d’un ensemble d’individus, vers une émulsion collective dont la base doit rester la communication. En effet, si l’organisation du groupe est un point primordial, la communication et le partage restent le socle d’un groupe en bonne santé.

En témoigne la connexion de Bertrand envers son équipe : « Phil, à certains moments, il marche sur l’eau, il prend en main un problème et la solution vient immédiatement. A d’autres moments, il n’a pas d’énergie, le seuil de l’effondrement n’est pas très loin. Si jamais je le croise dans le bureau, je lui dis de rentrer chez lui, car l’on sait tous les deux ce qui va se passer après ».

Tout l’équilibre des individus et du collectif repose sur la communication et l’apport de « feedbacks » (retours / commentaires) qui traduisent l’attention que l’on porte aux autres. Cela traduit un soutien essentiel les uns envers les autres et sans celui-ci, on s’effondrerait tous bien plus souvent.

Apprendre, constamment

Après toutes ces étapes positives traversées sur plusieurs années par Bertrand et Philippe, l’aventure de l’inclusion n’est toujours pas un long fleuve tranquille. Cela leur demande même une vigilance quotidienne sur l’équilibre qui a été créé dans l’équipe. Un moindre événement peut faire basculer les acquis et remettre en cause l’harmonie du collectif. « On n’a jamais rien lâché » se confirment les deux collègues qui, à maintes reprises, ont retravaillé leur communication et leur compréhension commune. La vie est en constante évolution, rien n’est figé autour de nous, les relations humaines et l’harmonie d’un groupe n’en sont pas épargnées. Fort heureusement pour l’intérêt de nos vies car l’inverse serait d’un ennui assuré.

Mon inspiration

Cet exemple inspirant d’inclusion, m’amène à la réflexion que l’on a tous nos défis spécifiques, exprimés ou non. Et que l’exemple de Philippe va bien au-delà de son diagnostic TSA. Celui-ci touche un sujet profond au sein d’un collectif, nécessitant à chacun de sortir de sa propre vision du monde à chaque occasion, pour mieux rencontrer la personne qui nous ouvre la communication.

Et vous, l’inclusion, qu’est-ce que cela vous inspire ?

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